Le corps et l’esprit

Le corps et l’esprit

Le corps et l’esprit, selon Alfred Adler

« La meilleure clé que nous ayons jusqu’à présent pour comprendre les différences psychologiques est l’examen du degré de la capacité à coopérer » – Alfred Adler (1870-1937)

« Derrière des capacités très exceptionnelles, nous trouverons, non pas un héritage génétique exceptionnel, mais un intérêt et un entrainement soutenus. » – Alfred Adler (1870-1937)

portrait alfred adler

Interactions entre l’esprit et le corps

« Les hommes ont toujours débattu pour savoir si l’esprit gouverne le corps ou si le corps gouverne l’esprit. Les philosophes ont participé à la controverse et pris l’une ou l’autre position ; ils se sont appelés eux-mêmes idéalistes ou matérialistes ; ils ont soulevé des arguments par milliers ; et la question semble toujours aussi délicate et plus controversée que jamais. La psychologie individuelle est peut-être à même de proposer une solution ; car en psychologie individuelle, nous sommes souvent confrontés à de vives interactions entre l’esprit et le corps. L’esprit et le corps du patient sont là pour être traités. Et si notre traitement est mal fondé, nous échouerons à l’aider. Notre théorie doit absolument évoluer à partir de l’expérience et doit absolument supporter l’épreuve de la clinique. Nous évoluons parmi ces interactions et le plus grand défi à relever est de trouver le bon angle de vue. »

Un être en mouvement

« Les découvertes de la psychologie individuelle éliminent une grande partie du stress causé par ce problème. Nous sommes au-delà d’un simple choix sélectif. Nous savons que l’esprit et le corps sont deux expressions de la vie ; les deux font partie intégrante de la vie. Et nous commençons à comprendre leurs relations réciproques au sein de cet ensemble. La vie de l’homme est celle d’un être en mouvement ; développer seulement son corps ne lui suffirait pas. Une plante est enracinée : elle reste au même endroit et ne peut pas bouger. Il serait donc très surprenant de découvrir qu’une plante a un esprit ; à tout le moins un esprit tel que nous l’entendons. Si la plante avait la faculté de prévoir ou d’anticiper (p. 25) les conséquences, cette faculté lui serait inutile. Quel avantage aurait la plante à pouvoir se dire : « Voici quelqu’un qui arrive. Dans une minute, il va me piétiner et je serai morte sous ses pieds » ? Elle serait toujours incapable de se déplacer pour éviter le problème. »

« Ainsi, tous les êtres en mouvement peuvent prévoir et évaluer la direction dans laquelle ils doivent se déplacer ; cet état de fait oblige à postuler qu’ils possèdent un esprit ou une âme.

« Du sens, vous en avez sûrement
Sinon vous ne pourriez-vous mouvoir. »
[Hamlet, acte III, scène 4]

« L’anticipation de la direction du mouvement est le principe central de l’esprit. Dès que nous l’avons compris, nous sommes en mesure de savoir que l’esprit régit le corps – il fixe l’objectif du mouvement. Le simple fait d’initier n’importe quand un mouvement aléatoire ne peut suffire : cet effort doit avoir un but. Comme c’est à l’esprit qu’il appartient de décider du point vers lequel le mouvement doit être fait, l’esprit occupe la position dominante dans la vie humaine. En même temps, le corps influence l’esprit ; c’est le corps qui doit être mis en mouvement » (p. 26).

« l’esprit ne peut déplacer le corps qu’en fonction des possibilités que possède le corps et de celles qu’il peut être entraîné à développer. Si, par exemple, l’esprit propose de déplacer le corps vers la lune, il échouera, à moins de découvrir une technique adaptée aux limites corporelles » (p. 27).

Le but : la ligne d’orientation

« Seul l’enfant qui désire contribuer à la société, et dont l’intérêt n’est pas centré sur lui-même, peut se former avec succès pour compenser ses défauts. Si l’enfant désire uniquement se débarrasser de ses difficultés, il ne pourra que reculer. Il ne peut garder courage que s’il a un objectif en regard de ses efforts et si la réalisation de cet objectif est plus importante pour lui que les obstacles à franchir. Il s’agit de savoir vers où sont dirigés son intérêt et son attention. S’il s’efforce d’atteindre un objectif extérieur à lui-même, il s’entraînera tout naturellement pour le réaliser. Les difficultés surmontées ne devraient représenter que des positions à conquérir (p. 36) sur la voie du succès. Si, par ailleurs, son attention se porte sur ses propres limites ou sur la lutte contre ces limites, et uniquement pour s’en libérer, il ne pourra réaliser de réels progrès. Une main droite maladroite ne peut devenir une main droite habile juste en y pensant, en souhaitant qu’elle soit moins maladroite, ou même en évitant la maladresse. Cela ne peut se faire que par l’exercice de réalisations pratiques ; et l’encouragement à la réalisation doit être ressenti plus profondément que le découragement ressenti jusqu’ici à cause de cette maladresse. Si l’enfant doit mobiliser son potentiel et surmonter ses difficultés, il doit avoir un objectif qui le pousse à se dépasser ; un objectif basé sur l’intérêt pour la réalité, l’intérêt pour les autres et l’intérêt pour la coopération …. »

La compensation, un processus dynamique

« Aujourd’hui, il serait difficile de nier que l’esprit puisse influencer le cerveau. L’expérience a montré des cas où un individu ayant perdu la capacité de lire ou d’écrire à cause d’une lésion de l’hémisphère gauche, a pu récupérer cette capacité grâce à l’entrainement d’autres parties du cerveau. Il arrive souvent qu’un individu subisse un AVC et qu’il soit impossible de réparer la partie endommagée du cerveau. Et pourtant, d’autres parties du cerveau compensent, restaurent les fonctions des organes et accomplissent à nouveau les facultés du cerveau. Ceci est particulièrement important pour aider – (p. 43) à comprendre les possibilités de l’application pédagogique de la psychologie individuelle. Si l’esprit peut exercer une telle influence sur le cerveau ; si le cerveau n’est que l’outil de l’esprit – son outil le plus important, mais toujours son outil -, nous pouvons trouver des moyens de développer et d’améliorer cet outil. Quiconque né avec un certain niveau de cerveau ne doit pas rester inévitablement lié à ce niveau toute sa vie : il y a des méthodes pour rendre le cerveau mieux adapté à la vie… (p. 44).

Le style de vie, la loi du mouvement

« Ici, la psychologie individuelle nous donne un indice particulier dans notre perspective éducative et thérapeutique. Nous ne devons jamais traiter un seul symptôme ou une seule pathologie : nous devons découvrir l’erreur commise dans tout le style de vie, dans la manière dont l’esprit a interprété ses expériences, dans le sens qu’il a donné à la vie et dans les actions avec lesquelles il a répondu aux impressions reçues du corps et de l’environnement. C’est là la vraie tâche de la psychologie. On ne peut pas parler de psychologie quand on enfonce des épingles dans la peau d’un enfant pour voir à quelle distance il saute, ou le chatouiller pour voir comme il rit. Ces façons de faire, si courantes chez les psychologues modernes, peuvent en fait nous dire quelque chose de la psychologie d’un individu ; mais seulement dans la mesure où elle donne l’indication (p. 47) d’un style de vie fixe et particulier. Le style de vie est le sujet propre de la psychologie et le matériel à étudier ; les écoles qui s’occupent d’un autre sujet sont concernées principalement par la physiologie ou la biologie. Cela est vrai pour ceux qui étudient les stimuli et les réactions ; ceux qui tentent de retracer l’effet d’un traumatisme ou d’une expérience choquante ; et ceux qui examinent les capacités héritées pour comprendre comment elles se transmettent. En psychologie individuelle, cependant, nous considérons la psyché elle-même, l’esprit unifié ; nous examinons le sens que les individus donnent au monde et à eux-mêmes, leurs objectifs, la direction de leurs efforts et les approches qu’ils adoptent face aux problèmes de la vie. La meilleure clé que nous possédons jusqu’à présent pour comprendre les différences psychologiques est donnée par l’examen du degré de la capacité à coopérer » (p. 48).

L’intérêt, un moteur stimulé par l’encouragement

« Le facteur le plus important dans le développement des capacités intellectuelles est l’intérêt, et nous avons vu à quel point l’intérêt peut-être bloqué, non pas par l’hérédité, mais par le découragement et la peur de l’échec. Il est sans doute vrai que la structure même du cerveau est dans une certaine mesure héritée, mais le cerveau est l’instrument et non pas la source de l’esprit, alors à condition que le défaut ne soit trop handicapant pour le surmonter avec nos connaissances actuelles, le cerveau peut être entraîné pour compenser ce défaut. Derrière des capacités très exceptionnelles, nous trouverons non pas un héritage exceptionnel, mais un intérêt et un entrainement soutenus (p. 145).

* Alfred Adler (1870-1937), What life should mean to you, 1931/1933. Edité par Alan Porter. Extraits choisis par Carroll R. Thomas, Ph.D. Traduits par M.P. Beaufront.

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Adler et le modèle social

Le modèle social erroné se construit au cours des 4 ou 5 premières années. Les motifs principaux en sont : des organes imparfaits, un enfant trop choyé ou trop mal aimé, ou orphelin, parfois des enfants illégitimes, des enfants méchants, des enfants non désirés, etc.
Ce modèle social ne peut être corrigé et modifié que si nous sommes en mesure de convaincre cet enfant que ce modèle est une erreur, quand il est encore enfant, mais également plus tard au cours de sa vie.
Ainsi, nous pourrions éviter les erreurs de ce modèle grâce à la prévention, en apprenant à la famille comment éduquer les enfants à bon escient, et aussi en faisant de l’école un instrument du progrès social pour reconnaître les erreurs dès qu’elles sont commises et pour obtenir plus d’intérêt social parmi les élèves.
Plus tard dans la vie, il est plus difficile de revenir sur ces erreurs et il ne peut s’agir que d’un traitement individuel. Comment convaincre la personne de cette vision erronée et comment le changer ?
Nous sommes convaincus que la clé de la psychologie individuelle est la clé la plus importante et la plus utile car elle permet d’estimer, beaucoup mieux qu’avec d’autres méthodes, l’erreur commise dans l’enfance et comment la corriger.

Et donc, mesdames et messieurs, j’en viens à la conclusion suivante:
J’ai découvert il y a 20 ans le complexe d’infériorité qui s’était révélé être une clé très utile pour comprendre la nature humaine et les personnalités.
Comme je l’ai expliqué, un individu est une unité dès le début de la vie et son style de vie ne peut être changé sans comprendre les erreurs commises dans la formation de ses racines. Ces racines se trouvent dans la vie familiale par laquelle chaque individu est formé et modelé. Nous pouvons constater que la volonté très forte de surmonter les difficultés de la vie consiste à lutter contre un sentiment d’infériorité et à tendre vers un but de supériorité qui est toujours combiné à un certain degré d’intérêt social propre à chacun.
Nous retrouvons dans chaque expression, dans chaque action, de chaque individu, comment il utilise son approche de l’intérêt social. Ainsi, quand il rencontre plus tard dans la vie les problèmes qui ne peuvent être résolus qu’avec un grand sentiment social, on peut estimer si cet intérêt social est correctement ajusté ou non.
Nous considérons enfin que tous les échecs de la vie: les enfants problématiques, les personnes névrotiques et psychotiques, les délinquants, les suicides, les addictions, etc., sont toujours l’expression d’un manque d’intérêt social. Et au-delà de cet intérêt, mais de la même manière, manquent aussi le courage, la compréhension et la formation adéquate pour la résolution des problèmes sociaux.

Le sentiment d’infériorité gouverne la vie mentale; on peut clairement le reconnaître dans le sens de l’imperfection et de l’incomplétude, et dans la lutte ininterrompue à la fois des individus et de l’humanité

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